Travaux de fin d'études
Rappelons que toutes les études décrites ci-dessous commencent, dans une partie théorique, par la synthèse de la description dun phénomène linguistique particulier tel quil apparaît dans quelques grammaires descriptives et pédagogiques récentes, dans certains manuels scolaires et dans des articles spécialisés de linguistique. Par la suite, tous les exemples du phénomène à létude, attestés dans les corpus, sont analysés (Voir Lexploitation des corpus). Pour la liste des plus importants ouvrages utilisés, consultez la bibliographie. Pour chaque étude, les ouvrages les plus pertinents ont été sélectionnés.
1. CORNETTE, G. : Linterrogation, état dune question éternelle (1995)
2. CREVITS, L. : Lexpression dune opinion (1995)
3. HOEVELINCK, N. : Procédés de thématisation et de focalisation (1995)
4. VAN SIMAEYS, A. : La mise en relief et la présentation (1995)
5. WINDEY, I. : Lexpression de la cause (1995)
6. JONCKHEERE, S. : Limpératif (1996)
8. MONTAIGNE, M. : Les auxiliaires (1998)
10. VERMEIREN, A. : Le subjonctif (1999)
11. VERCAMMEN, P. : Le discours indirect (1999)
12. ONGHENA, J. : Le passif (1999)
13. MEUL, L. : La comparaison (1999)
14. BEECKMAN, N. : Le futur (1999)
15. HOUBEN, V. : Lordre des mots (1999)
16. JANSSENS, K. : Les connecteurs de cause (1999)
17. KEGELS, K. : La négation (2000)
18. WILLAERT, J. : Les prépositions (2000)
1. CORNETTE, G. : Linterrogation, état dune question éternelle (1995)
Point de départ : Typologie des structures interrogatives dans des grammaires descriptives et dans une grammaire pédagogique.
- Constat
: Dans les grammaires, on oppose surtout linterrogation en est-ce que, caractéristique de la langue parlée, à linterrogation avec inversion (VSO), typique de la langue écrite. Il existe toutefois un troisième procédé : linterrogation par intonation montante (SVO).
- Vérification
dans le corpus.
- Quels sont les différents types de structures interrogatives qui apparaissent dans le corpus ?
- Y a-t-il des différences de fréquence et demploi de linterrogation entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
- Linterrogation en est-ce que est-elle vraiment caractéristique de la langue parlée ?
- Dans quelles proportions linterrogation en SVO apparaît-elle dans le corpus ?
Conclusions :
I. Macro-analyse
Les francophones sont plus enclins à poser des questions que les néerlandophones (277 contre 210 interrogations à lheure).
1. Les structures de type interrogatif
Francophones |
Néerlandophones |
|||
Occurrences |
Pourcentage |
Occurrences |
Pourcentage |
|
IT ITD ITI |
88 83 5 |
79% 94% 6% |
35 34 1 |
45% 97% 3% |
IP IPD IPI |
23 21 2 |
21% 91% 9% |
42 41 1 |
55% 98% 2% |
- Les francophones ont une préférence marquée pour les interrogations totales (IT), des questions qui demandent une réponse par oui ou par non. Les néerlandophones, par contre, utilisent presque autant les interrogations totales (IT) que les interrogations partielles (IP) auxquelles on répond par une unité lexicale.
- Tant les francophones que les néerlandophones préfèrent linterrogation directe (ID) à linterrogation indirecte (II), que celle-ci soit totale ou partielle.
2. Les structures de type purement assertif
- Dans le corpus FF, il y a quatre occurrences dillocutoires dérivés marqués et pas d'illocutoire dérivé non marqué ou allusif. Dans le corpus FN, par contre, il y a trois dérivés non marqués ou allusifs, mais pas de dérivé marqué.
3. Les structures de type intermédiaire
- Les onze occurrences de structures intermédiaires relevées chez les francophones sont toutes des demandes de confirmation. Aucune question orientée nest attestée.
II. Micro-analyse
1. Les structures de type interrogatif
a) Interrogation totale
ITD |
Francophones |
Néerlandophones |
||
Occ. |
% |
Occ. |
% |
|
| A. Est-ce que + SVO | 5 |
6% |
7 |
21% |
| B. VSO | 1 |
1% |
12 |
35% |
| C. SVO C.1. Questions complètes C.2. Questions complètes C.3. Questions inachevées C.4. Questions alternatives |
31 22 4
2 |
37% 71% 13%
6% |
10 10 0
0 |
29% 100% 0%
0% |
| D. Mots ou syntagmes nominaux | 13 | 16% | 4 | 12% |
| E. Interjections ou question métacommunicatives |
33 | 40% | 1 | 3% |
| Total | 83 | 100% | 34 | 100% |
- Pour ce qui est des interrogations totales directes (ITD), la structure interrogative dominante chez les francophones est la structure par intonation en SVO (C). Les néerlandophones, par contre, utilisent le plus souvent la structure avec inversion en VSO (B) pour poser des questions. Toutefois, linversion complexe est totalement absente des deux corpus.
- Chez les francophones, la plupart des structures en SVO sont des questions complètes (C.1). Les questions inachevées (C.3) ne sont pas tellement fréquentes, alors que loral a souvent la réputation dêtre le domaine de linachevé. La distinction entre questions thématisées et questions non thématisées nest pas prévue dans les grammaires consultées. Il y a pourtant des questions thématisées (C.2) dans le corpus FF. La thématisation semble en effet être un phénomène typique du français oral. Les questions alternatives thématisées (C.4) ne sont pas non plus enseignées, mais apparaissent bel et bien dans le corpus francophone.
- Chez les néerlandophones, toutes les structures en SVO sont des questions complètes (C.1). Le fait que les autres types de structures en SVO ne soient jamais pratiqués par les néerlandophones montre quils ont plutôt une syntaxe de lécrit.
- Linterrogation se limitant à un mot ou un syntagme nominal (D) nest pas signalée par les grammaires, mais apparaît assez fréquemment dans les deux corpus. Il sagit presque toujours de demandes déclaircissement à propos dune phrase quun locuteur vient de prononcer.
- Les interjections ou questions métacommunicatives (E) se rencontrent surtout chez les francophones et sont de trois types : hein?, allô? et daccord?. Chez les néerlandophones, il n'y a quune seule occurrence de OK?.
b) Interrogation partielle
IPD |
Francophones |
Néerlandophones |
||
Occ. |
% |
Occ. |
% |
|
| A. En est-ce que | 4 |
19% |
15 |
37% |
| B. Sans est-ce que B.1. Mot interrogatif + VS B.2. ?Mot interrogatif + SV B.3. Mot interrogatif + N B.4. SV + Mot interrogatif combien |
17 3 0 3 11 0 |
81% 18% 0% 18% 64% |
26 19 4 2 1 12 |
63% 73% 15% 8% 4% |
| Total | 21 | 100% | 41 | 100% |
- Parmi les interrogations partielles directes (IPD), celles qui sont introduites par est-ce que (A) sont moins nombreuses que celles qui ne le sont pas (B), surtout chez les francophones et dans une moindre mesure chez les néerlandophones.
- Les néerlandophones préfèrent mettre le mot interrogatif au début de la question (B.1), tandis que les francophones le placent plutôt à la fin (B.4).
- Il y a également une divergence en ce qui concerne le mot interrogatif préféré : les francophones utilisent surtout quel, tandis que les néerlandophones recourent avant tout à combien.
- Pour le deuxième type (B.2) se pose le problème de lacceptabilité. Selon la plupart des grammaires, linterrogation par la seule intonation serait exclue lorsquil y a un mot interrogatif autre que le sujet en tête de phrase. Nous considérons ces cas qui napparaissent dailleurs que chez les néerlandophones comme des maladresses.
- Les mots interrogatifs suivis dun substantif (B.3) sont plus souvent attestés chez les francophones que chez les néerlandophones. Chez les francophones, cette tournure a une fonction interactive de demande de précision. Chez les néerlandophones, par contre, elle sert plutôt à reformuler ou à répéter la question précédente.
- Le dernier type (B.4) est considéré comme familier dans les grammaires consultées. Pourtant cette tournure apparaît dans 65% des cas sans est-ce que dans le corpus FF. Etant donné que les informateurs francophones appartiennent à un milieu cultivé et quils produisent dans le même enregistrement des tournures très élaborées, on ne peut que s'interroger sur la validité de la constatation des grammairiens.
2. Les structures de type purement assertif
La paraphrase au style indirect et lenchaînement permettent de différencier illocutoire dérivé marqué et non marqué. Les quatre dérivés du corpus FF sont marqués parce quils peuvent être rapportés au style indirect et quils permettent lenchaînement. Comme les deux critères ne sappliquent pas aux trois dérivés du corpus FN, ils sont non marqués.
3. Les structures de type intermédiaire
Sur les onze demandes de confirmation relevées chez les francophones, sept sont construites avec un modalisateur. Le schéma prosodique de ces demandes de confirmation est celui des assertions, ce qui signifie que lintonation descend. Lintonation montante est typique des questions orientées qui se présentent formellement comme des structures interrogatives, alors que le contenu est partiellement asserté. Les questions orientées sont absentes des deux corpus.
- Les quatre autres demandes de confirmation ont également une mélodie descendante mais pas de modalisateur spécifique. Cest alors le contexte (pas de savoir partagé en commun) et le fait de pouvoir insérer un modalisateur qui permettent de classer ces énoncés dans les demandes de confirmation.
- Etant donné la complexité de ces structures, il est logique quelles napparaissent pas chez les néerlandophones.
Þ Linterrogation à loral a un fonctionnement de type continuum entre la structure assertive et la structure interrogative.
Þ La structure en est-ce que est loin dêtre caractéristique de la langue parlée. La structure en SVO est nettement la plus fréquente. Linversion, par contre, est peu fréquente à loral.
Þ Le problème nest donc pas tant celui de la concurrence entre la tournure avec est-ce que et la tournure avec inversion que celui de la suprématie de la tournure en SVO. Sur le plan didactique, il conviendrait de consacrer une plus grande importance à cette dernière structure.
Point de départ : Description des verbes dopinion à partir d'un article de Ducrot "Je trouve que".
- Vérification
dans le corpus.
Conclusions :
Les néerlandophones ont des difficultés à situer leur opinion par rapport à un événement futur : ils laissent les verbes à lindicatif présent, là où les francophones les mettraient au futur simple ou au conditionnel présent.
- Le rôle des adjectifs ne semble pas être très important dans lexpression dune opinion. Le caractère classifiant apparaît plutôt avec un verbe affectif, tandis que le caractère qualifiant est souvent lié à un verbe dopinion.
- Plus que les locutions adverbiales (quant à moi, en ce qui me concerne, à mon avis), la structure syntaxique moi, je marque lopinion personnelle.
- Au niveau de linteraction, les francophones se situent de manière nuancée par rapport à lopinion dautrui. Par le biais de la concession, ils expriment leur avis personnel sans pour autant nier celui de lautre. Les néerlandophones, par contre, nénoncent souvent que le contraire de lopinion dautrui, ce qui donne l'impression qu'ils s'expriment de façon trop directe, voire brutale.
Þ Pour lapprentissage de lexpression dune opinion, il ne faut pas se limiter à fournir aux apprenants des outils verbaux. Lemploi de ces moyens doit être spécifié et expliqué selon les situations de communication possibles.
3. HOEVELINCK, N. : Procédés de thématisation et de focalisation (1995)
Point de départ : Inventaire des procédés de thématisation et de focalisation dans des grammaires descriptives et dans une grammaire pédagogique.
- Constats
:
- Les grammaires étudiées présentent une analyse morpho-syntaxique de la plupart des structures de thématisation et de focalisation et mentionnent que ce sont des procédés de mise en relief.
- Le caractère oral des structures en question est généralement affirmé. Pourtant les exemples donnés proviennent surtout de lécrit littéraire.
- Rien nest dit sur la fréquence des procédés de mise en relief.
- Vérification dans le corpus.
- A quels procédés de thématisation et de focalisation les francophones (FF) et les néerlandophones (FN) ont-ils recours ?
- Quelle est la fréquence de ces procédés dans le corpus ?
Conclusions :
Le procédé de thématisation le plus employé dans le corpus consiste à détacher le thème du reste de lénoncé et à le reprendre à lintérieur du rhème par un pronom. A côte du détachement, la langue orale recourt à une série de locutions prépositives : au niveau de, en ce qui concerne, pour ce qui est de.
- Pour mettre en relief le rhème, le corpus fait apparaître différents procédés de focalisation : cest...qui/que, ce que...cest, SN cest que.
Þ Les procédés de focalisation sont variés mais moins fréquents que les procédés de thématisation.
Þ Les procédés de mise en relief sont peu fréquents chez les néerlandophones qui utilisent le plus souvent la structure courante à lécrit : SN-V-SN.
4. VAN SIMAEYS, A. : La mise en relief et la présentation (1995)
Point de départ : Inventaire des procédés de mise en relief dans des grammaires descriptives et dans une grammaire pédagogique.
- Constat
s :
- Il y a un flou terminologique dans ces grammaires (seul le Bon Usage formule une définition de la mise en relief) qui a comme conséquence quil nest pas clair du tout ce quil faut exactement comprendre par 'mise en relief'.
- La façon daborder le phénomène de la mise en relief est différente dans chaque grammaire étudiée et les procédés de mise en relief mentionnés ne sont pas les mêmes.
- Vérification
dans le corpus (les passages où il sagit de la présentation dune personne).
- Quelle est la fréquence demploi de la mise en relief chez les francophones (FF) et les néerlandophones (FB) ?
- A quels procédés les francophones et les néerlandophones ont-ils recours ?
- Hypothèse : La mise en relief de certains éléments dans la phrase jouerait-elle un rôle dans le fait que les énoncés des francophones semblent plus spontanés que ceux des néerlandophones ?
- La façon de se présenter ou de présenter quelquun à un tiers diffère-t-elle chez les francophones et les néerlandophones ?
Conclusions :
I. La mise en relief
Les francophones utilisent plus souvent que les néerlandophones la mise en relief :
- Francophones
: multiplication des procédés (la répétition immédiate dun terme ou dun syntagme, le présentatif cest, le détachement dun terme précédé de pour, au niveau de, par rapport à, etc.) et multitude de constructions possibles.Néerlandophones : presque uniquement détachement dun terme avec reprise par un pronom personnel disjoint et construction SVO.
Þ Le caractère fluide et plus naturel des conversations chez les francophones tient, entre autres, à lemploi fréquent de la mise en relief et la variation des constructions.
Þ Les professeurs de FLE devraient attacher plus dimportance au phénomène de la mise en relief et mettre plus de structures et procédés à la disposition des élèves .
II. La présentation d'une personne
1. La présentation de soi-même :
a) Conversation téléphonique :
Il convient dinsister sur la différence demploi entre linterjection allô en français (utilisée comme premier mot dun entretien téléphonique pour sassurer de la présence dautrui) et la salutation hallo en néerlandais.
- Les néerlandophones ont tendance à se présenter tout au début de linteraction tandis que les francophones ne se présentent généralement que vers la fin de linteraction.
- Il arrive quun des deux participants veuille laisser ses coordonnées ou prendre les coordonnées de son interlocuteur :
b) Intervention face à face :
Lorsque les locuteurs se trouvent face à face, les formules de présentation sont : « cest + prénom (+ nom) » et « je mappelle + prénom (+ nom) ».
- Les élèves néerlandophones éprouvent souvent des difficultés à choisir larticle correct devant le nom dune profession (article défini/article indéfini/article zéro)
2. La présentation de quelquun à un tiers :
Selon la situation, la personne qui présente sadresse au tiers en le tutoyant ou en le vouvoyant. A ce sujet, les néerlandophones se trompent fréquemment de registre.
- Les tournures qui permettent de présenter quelquun sont :
- Les néerlandophones confondent parfois le mot présenter avec proposer, qui sont deux traductions possible du néerlandais voorstellen.
- Aussi bien les néerlandophones que les francophones accompagnent la formule de présentation d'un geste de la main qui va vers la personne présentée.
- Il est frappant de constater que les locuteurs natifs introduisent la formule de présentation au moyen dun mot interphrastique tel voilà, alors, eh bien et donc. Au lieu de considérer ces mots comme étant à éviter, les professeurs de FLE devraient les qualifier comme des éléments qui structurent lénoncé.
Þ Etant donné son importance dans notre société, il convient dapprendre aux élèves de FLE à (se) présenter correctement.
Point de départ : Description de linterrogation indirecte et de la proposition de cause dans des grammaires descriptives et dans une grammaire pédagogique et étude de lexpression de la cause dans quelques articles spécialisés.
- Constats
:
- Analyse linguistique de lexpression de la cause
dans le corpus.
- Y a-t-il des différences demploi et de fréquence quant à lexpression de la cause entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
Conclusions :
La langue parlée ne connaît que quelques conjonctions causales : parce que, puisque, comme, surtout que, étant donné que, cest (parce) que, cest pour ça que.
- La langue parlée utilise également la juxtaposition ou la parataxe et les prépositions pour et à cause de.
- Les néerlandophones ne recourent pas souvent à lexpression de la cause.
- Parmi les conjonctions de subordination, les néerlandophones choisissent presque toujours parce que, tandis que les francophones emploient également puisque et comme.
- Les néerlandophones recourent plus souvent à la parataxe et à la distribution antérieure que les francophones.
- Les prépositions
suivies dun syntagme nominal comme pour et à cause de sont presque absentes dans le corpus des néerlandophones.
Point de départ : Description de lemploi de limpératif dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans un manuel.
- Constat
: Tous les ouvrages analysés traitent les aspects purement formels de limpératif. Quant à lemploi de limpératif, la plupart ne mentionnent que la valeur fondamentale de limpératif, celle de donner des ordres.
- Quelles sont les différentes valeurs de limpératif rencontrées dans le corpus ?
- Comment les francophones (FF) et les néerlandophones (FN) formulent-ils leurs ordres et leurs conseils ?
- Hypothèse
: Les francophones seraient-ils plus directs que les néerlandophones ?
Conclusions :
1. Les valeurs de limpératif
La fonction principale de limpératif reste celle de lexpression dun ordre. Pourtant limpératif peut exprimer beaucoup dautres valeurs : un conseil, une interdiction, une invitation, une demande, une incitation, une permission et une demande de pardon.
- Les francophones utilisent plus fréquemment des impératifs « marqueurs discursifs » que les néerlandophones. Il sagit de verbes passe-partout appartenant au domaine du mouvement et de la perception qui ne sont plus utilisés avec leur valeur sémantique première.
2. La formulation dordres
Lhypothèse de départ ne sapplique pas au cas de lordre. Les néerlandophones donnent plus dordres que les francophones et les formulent de façon plus directe, c'est-à-dire en recourant à limpératif, ce qui rend le ton de leurs conversations souvent agressif. Les francophones, par contre, recourent plus facilement à des formules indirectes ou essaient datténuer le caractère agressif de limpératif à laide déléments modalisateurs (les verbes modaux falloir, pouvoir, etc.). Lorsque les néerlandophones formulent leurs ordres de façon indirecte, ils recourent souvent au verbe devoir au lieu de falloir.
- Chez les néerlandophones et dans une moindre mesure chez les francophones, le nombre dimpératifs à valeur dordre augmente en fonction du caractère conflictuel de la situation.
3. La formulation de conseils
En ce qui concerne la formulation de conseils, lhypothèse de départ semble confirmée à première vue. Les francophones recourent presque toujours à limpératif, tandis que les néerlandophones ne se servent que rarement de limpératif pour formuler des conseils. Pourtant, le fait que les conseils soient formulés de façon plus directe par les francophones tient à la situation de communication. En fin de compte, la formulation indirecte semble être la règle.
Þ Etant donné que les phénomènes de politesse (qui sont à la base des tournures indirectes) sont universels, la différence entre francophones et néerlandophones ne tient pas à une différence de comportement culturel, mais plutôt aux structures présentées dans les classes de FLE. Au niveau didactique, il conviendrait dinsister sur le caractère agressif de limpératif et de consacrer une plus grande importance à la formulation indirecte.
Point de départ : Les manuels et les grammaires fournissent surtout de linformation morphologique et syntaxique sur les verbes devoir et falloir. Peu est dit à propos de leur emploi dans linteraction sociale.
- Quelle est la fréquence des verbes devoir et falloir dans le corpus ?
- Y a-t-il des différences de nuance entre les deux verbes ?
- Y a-t-il des différences de fréquence et demploi de ces deux verbes entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
Conclusions :
Pour exprimer une nécessité, les néerlandophones utilisent le plus souvent le verbe devoir, la traduction littérale du néerlandais moeten. Ils évitent le verbe falloir, parce que ce verbe présente une structure (verbe impersonnel + infinitif ou subjonctif) qui na pas déquivalent en néerlandais.
- Les francophones recourent plus facilement au verbe falloir ou à dautres moyens linguistiques pour formuler un ordre (impératif, présent, futur/aller + infinitif, pouvoir/vouloir, avoir à + infinitif)
- Au niveau de linteraction sociale, le verbe devoir ne permet pas de ménager lautre. La tournure avec falloir, par contre, est moins menaçante pour linterlocuteur.
- Contrairement aux néerlandophones, les francophones utilisent très souvent le conditionnel, ce qui permet de sadresser de façon moins directe et plus discrète à linterlocuteur.
Þ Dans lenseignement du FLE, il conviendrait denseigner la tournure avec falloir, ainsi que lemploi du conditionnel afin de rendre le discours des néerlandophones moins marqué.
Point de départ : Définition des notions dauxiliaire et de semi-auxiliaire et inventaire des verbes regroupés sous ces termes dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans quelques articles spécialisés (les critères dauxiliarité).
- Constat : Il ny a que très peu de verbes qui remplissent les conditions dauxiliarité (seuls les verbes avoir, être, aller et venir de). Les verbes devoir et pouvoir, et dans une moindre mesure vouloir, admettent également un emploi en tant quauxiliaire lorsquils expriment un futur ou une probabilité.
- Analyse des auxiliaires pouvoir et devoir (par rapport à falloir) dans le corpus.
- Y a-t-il des différences de fréquence et demploi entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
- Quelles stratégies les néerlandophones et les francophones adoptent-ils pour formuler une demande, une suggestion ou un ordre ?
Conclusions :
1. Pouvoir
est très fréquent dans les deux corpus : 51 occ./lheure dans le corpus FF et 92 occ./lheure dans le corpus FN (la fréquence varie toutefois selon le scénario).
- Pouvoir
Dans les deux corpus, la plupart des occurrences de pouvoir expriment une possibilité abstraite (le locuteur naccorde pas de valeur déterminée à pouvoir). Dans le corpus FN, pouvoir exprime souvent une permission, ce qui nest pas le cas dans le corpus FF.
- Pour formuler une demande, tant les francophones que les néerlandophones utilisent souvent le verbe pouvoir. En plus, les néerlandophones, comme les francophones recourent aux procédés de politesse pour atténuer leur demande (le verbe modal pouvoir, le conditionnel, ladverbe s.v.p., lexcuse, la justification, etc.).
- Pour formuler une suggestion (qui constitue un acte menaçant pour celui qui les subit), les francophones invoquent toutes sortes de procédés de politesse pour atténuer cette menace (le conditionnel de pouvoir, ladverbe peut-être, le vous de politesse, la justification, etc.). Les néerlandophones, par contre, nont pas encore acquis ces procédés de politesse (ils formulent un ordre ou posent directement une question). Cest pourquoi le discours des néerlandophones est souvent perçu comme maladroit ou impoli.
Þ Afin de rendre le discours des néerlandophones moins rude, il importe denseigner les procédés de politesse propres au français.
2. Devoir (par rapport à falloir)
Le verbe devoir est peu utilisé par les francophones (7 occ./lheure). Ils recourent plus facilement au verbe falloir (22 occ./lheure). Dans le corpus FN, par contre, devoir est extrêmement fréquent (93 occ./lheure), contrairement à falloir qui ny figure quune seule fois (1 occ./lheure).
- Pour exprimer une nécessité
, les francophones recourent quasi exclusivement au verbe falloir. Lorsque le verbe devoir est présent dans le corpus FF, il exprime plutôt une probabilité ou un futur quune nécessité. Lemploi de falloir relève de la politesse : contrairement à devoir, falloir formule la nécessité de façon indirecte, par lintermédiaire dune instance impersonnelle. Les néerlandophones, par contre, utilisent quasi exclusivement le verbe devoir (il ny a quune seule occurrence du verbe falloir). En plus, devoir prend presque toujours linterprétation radicale de nécessité (sur 99 occurrences de devoir, il ny a quun seul cas où devoir exprime le futur). Cet emploi abusif du verbe devoir rend le discours des néerlandophones beaucoup plus rude que celui des francophones.
- Pour formuler un ordre
, les francophones recourent au verbe falloir ou à un verbe de volonté (aimer (bien), être souhaitable), souvent employé au conditionnel dans le but datténuer lordre. Les néerlandophones, par contre, nutilisent que le verbe devoir. Ceci fait que le discours des néerlandophones est perçu comme maladroit et impoli.
Þ Afin déviter une syntaxe marquée, il importe donc denseigner la tournure avec falloir aux néerlandophones. Dans une étude antérieure, il a déjà été avancé que les néerlandophones éviteraient le verbe falloir parce que ce verbe présente une structure (verbe impersonnel + infinitif ou subjonctif) qui na pas déquivalent en néerlandais (cf. Deschamps, 1996).
Point de départ : Description de lemploi de limparfait et du passé composé dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels.
- Constat
: Tant limparfait que le passé composé permettent de rendre trois grandes valeurs : des valeurs temporelles, des valeurs de transposition et des valeurs modales pour limparfait et laccompli du présent, lantérieur du présent et le temps du passé pour le passé composé. A lintérieur de ces grandes valeurs sont distingués plusieurs emplois spécifiques.
- Vérification
dans le corpus.
- Y a-t-il des différences quant à lemploi de limparfait et du passé composé entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
- Quels problèmes pose lemploi de limparfait et du passé composé pour les néerlandophones ? Comment les enseignants du FLE peuvent-ils y remédier ?
Conclusions :
Tableau récapitulatif :
Valeur |
FN |
FF |
Le passé composé |
||
Laccompli du présent |
X |
|
Lantérieur du présent
|
X |
X |
Le temps du passé |
X |
X |
Valeur |
FN |
FF |
Limparfait |
||
Les valeurs temporelles Limparfait descriptif
Limparfait narratif Limparfait de rupture Limparfait dhabitude |
X X X
X |
X |
Les valeurs de transposition |
X |
X |
Les valeurs modales Dans un système conditionnel après si
pour exprimer le potentiel Limminence contrecarrée Limparfait datténuation, de politesse, de discrétion Limparfait hypocoristique Autres valeurs modales (souhait, regret, suggestion) |
|
X
X |
- Toutes les grandes valeurs
de limparfait et du passé composé se retrouvent dans les deux corpus. Les emplois spécifiques, par contre, ne sont pas tous représentés. Il y a par ailleurs quelques différences entre le corpus FN et le corpus FF.
- Labsence ou la surabondance de certains emplois, ainsi que certaines différences entre les corpus peuvent être imputées au scénario :
- Dans le corpus FN, le scénario crée une situation un peu artificielle où les locuteurs sont presque obligés de raconter des événements passés qui sont situés par rapport à un repère préétabli précédant le moment de lénonciation (doù labsence de laccompli du présent, peu doccurrences de lantérieur du présent et la surabondance du temps du passé). Les locuteurs racontent leurs récits en évoquant dabord les circonstances préalables ou des procès antérieurs à limparfait (imparfait descriptif) et ensuite un événement important au passé composé (temps du passé).
- Dans le corpus FF, le discours se déroule dans le présent. Si l'on évoque un procès passé, le repère pour situer ce procès est le plus souvent le moment de lénonciation (doù beaucoup doccurrences de laccompli du présent et de lantérieur du présent et peu doccurrences du temps du passé). La quasi-absence dimparfaits à valeur temporelle tient au fait quil ny a pas de vrai récit qui demande la description dune situation préalable dans laquelle vient sinscrire un événement important.
- Dautres lacunes et les problèmes spécifiques quéprouvent les néerlandophones sont dus aux manuels scolaires et plus particulièrement aux exercices quils proposent aux élèves :
- Les néerlandophones ne maîtrisent pas limparfait à valeur de transposition : dans tous les cas qui se présentent dans le corpus, ils emploient lindicatif présent au lieu de limparfait après un verbe principal au passé composé.
Þ Dans les manuels, les emplois de transposition ne sont pas traités (explicitement) dans la partie consacrée à limparfait.
- Les emplois modaux de limparfait ne se retrouvent pas du tout dans le corpus FN. Le corpus FF, par contre, contient un nombre assez élevé dimparfaits modaux.
Þ Les manuels ne mentionnent ces emplois quen marge ou ne les mentionnent pas. Il serait pourtant utile dy prêter plus dattention.
- Les néerlandophones ont du mal à raconter un récit cohérent :
- Les conversations des néerlandophones se construisent selon le schéma strict question-réponse. Les questions et réponses se succèdent rapidement et se trouvent toutes au passé composé. Lemploi de limparfait reste limité, ce qui empêche la construction dun récit cohérent. Les francophones font interagir limparfait et le passé composé (en général, pas vraiment dans le corpus analysé). Ils utilisent limparfait pour formuler des commentaires ou des réflexions sur le procès principal au passé composé ou sur le discours même.
- Lorsque les néerlandophones sont obligés de raconter des récits plus longs nécessitant la combinaison des deux temps, ils commencent souvent leur récit en employant limparfait et ils continuent à lemployer sans quun événement au passé composé ne se présente.
Þ Ces problèmes sexpliquent par les exercices présentés dans les manuels qui très souvent ne laissent pas (ou que peu) de doute quant à lemploi correct des deux temps. Quand les élèves doivent décider eux-mêmes de ce qui appartient au premier ou au second plan, des problèmes surgissent. Lapprentissage de ce savoir-faire nécessite des exercices appropriés (et moins simples).
Point de départ : Description de l'emploi du subjonctif dans des grammaires descriptives et pédagogiques, dans des manuels et dans des travaux scientifiques.
- Constat
: Les grammaires descriptives donnent beaucoup plus de détails que les grammaires pédagogiques et les manuels. De plus, ces derniers mettent laccent sur lemploi du subjonctif dans les subordonnées complétives et circonstancielles. Les phrases principales ou indépendantes, ainsi que les subordonnées relatives sont considérées comme moins importantes.
- Quelle est la fréquence du subjonctif dans les différents types de phrases dans le corpus LANCOM et dans un corpus écrit littéraire ?
- Y a-t-il des différences quant à lemploi du subjonctif entre
- le français parlé des apprenants néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF-FB)
- le français écrit littéraire et le français parlé (FF-FB)
Conclusions :
1. La langue parlée des apprenants néerlandophones présente trois types de différences par rapport à la langue parlée des francophones :
- Différence de fréquence
:
- Le corpus FN ne comprend pas de subjonctif dans la phrase principale, ni dans la phrase indépendante.
- Les néerlandophones ont tendance à exagérer lemploi du subjonctif. Cette tendance se manifeste surtout dans les subordonnées complétives (FN : 45,9 % vs FF-FB : 34,5 %). Pour les subordonnées relatives et circonstancielles, la différence de fréquence est moins nette (FN : 14,2 % et 4 % vs FF-FB : 7 % et 2 %)
- Différence de mode
: Les néerlandophones utilisent parfois (erronément) lindicatif là où les francophones utiliseraient le subjonctif (dans les subordonnées complétives et relatives) et inversement (erronément) le subjonctif au lieu de lindicatif (dans les subordonnées relatives).
- Différence de lexique
: Les néerlandophones emploient moins de tournures différentes pour introduire une subordonnée complétive, relative ou circonstancielle.
Þ Influence des manuels scolaires :
Les manuels accordent peu dattention au subjonctif dans la phrase principale ou indépendante. En revanche, les manuels insistent beaucoup sur le subjonctif dans une complétive : la complétive est le premier type de subordonnée avec lequel les apprenants font connaissance et cette matière est constamment revue jusquen sixième année. Pour ce qui est des relatives, les manuels expliquent que le subjonctif peut apparaître dans certains contextes, mais que lindicatif reste possible. Il sensuit que les élèves ne sont pas conscients des différences sémantiques liées au choix du mode. De plus, les exercices traitent tous du subjonctif dans la relative, bien que lindicatif soit le mode le plus usuel. Il se pourrait que les élèves pensent que le subjonctif est obligatoire. Þ Influence du scénario : La fréquence élevée de complétives peut sexpliquer à partir du scénario qui porte entre autres sur lexpression des exigences et des sentiments.
2. Le français écrit littéraire présente deux types de différences par rapport au français parlé :
- Différence de fréquence
:
- Dans la subordonnée relative, le subjonctif est plus fréquent dans le corpus FF-FB (7 %) que dans le corpus littéraire (0,78 %).
- Linverse
vaut pour la subordonnée circonstancielle : le subjonctif représente 9,8 % des cas dans le corpus littéraire et 2 % dans le corpus FF-FB.- La subordonnée complétive ne présente pas de différences notables.
- Différence de lexique
: Les tournures introduisant une subordonnée complétive, relative ou circonstancielle, sont plus variées en langue écrite quen langue parlée.
Point de départ : Description du discours indirect dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels.
- Constat
: Ces ouvrages se concentrent essentiellement sur les aspects morphologiques et syntaxiques du discours indirect au lieu de le considérer comme un acte dénonciation particulier.
- Analyse
du discours indirect dans un corpus FN et un corpus FB (dont le scénario favorise lemploi du discours indirect) et dans un corpus supplémentaire.
- Y a-t-il des différences de fréquence et demploi du discours indirect entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FB) ?
- Les néerlandophones commettent-ils beaucoup derreurs de forme en utilisant le discours indirect ?
- Existe-t-il dautres moyens pour rapporter le discours dautrui ?
- Les résultats de lanalyse sont-ils importants dans le cadre de lenseignement du français parlé et quelles leçons peut-on en tirer ?
Conclusions :
Le scénario joue un rôle fondamental tant dans la fréquence du discours indirect que dans sa forme :
1) Fréquence :
- Quand le scénario ne favorise pas lemploi du discours indirect (cf. le corpus supplémentaire), le discours indirect sutilise très peu (moins dune occ./lheure).
- Quand le scénario vise lemploi du discours indirect (cf. le corpus FN et le corpus FB), le discours indirect sutilise plus fréquemment. Toutefois, la fréquence demploi du discours indirect sest révélée différente dans les deux corpus (± 88 occ./lheure dans le corpus FN et ± 41 occ./lheure dans le corpus FB).
Þ Les chiffres démontrent que les francophones ne suivent pas aussi fidèlement le scénario que les néerlandophones.
2) Forme (analyse du temps, des indications temporelles et spatiales et des rôles communicatifs) :
- Dans les corpus FN et FB, le verbe introducteur de la plupart des discours indirects se trouve au présent (ceci peut être attribué au scénario : il ny a pas de décalage entre le discours énoncé et le discours rapporté). Il en résulte que le verbe subordonné ne subit pas de modifications. Par contre, lorsque le verbe introducteur se trouve au passé -ce qui est parfois le cas-, le verbe subordonné subit des changements selon les règles de concordance des temps. Pourtant, il y a quelques exceptions à ces règles (vérité générale, valeur universelle, etc.)
- Ni les francophones, ni les néerlandophones nutilisent fréquemment les indications de temps et de lieu. En plus, les quelques indications temporelles et spatiales ne subissent pas de modifications (influence du scénario).
- Il y a une grande variété de types de rôles communicatifs dans les deux corpus. La fréquence de chaque type diffère considérablement dans le corpus FN et le corpus FB : certains rôles communicatifs sont fréquemment utilisés dans un corpus et peu ou pas dans lautre et inversement.
Þ La forme du discours indirect est correcte dans la plupart des cas. Lenseignement attire essentiellement lattention sur les contraintes syntaxiques du discours indirect.
- Selon sa définition, le discours indirect ne cite pas textuellement le discours dautrui, mais il le rapporte dune façon personnelle. Les francophones ajoutent effectivement leurs opinions personnelles au discours indirect ou ils donnent tout un résumé du discours dautrui. Les néerlandophones, par contre, se fixent sur le scénario dans ce sens quils emploient le discours indirect pour rapporter littéralement le discours dautrui. Parfois les néerlandophones témoignent pourtant dune certaine autonomie en ajoutant le verbe devoir ou en corrigeant les erreurs commises dans le discours direct.
Þ Lenseignement ne devrait pas se limiter à lapprentissage des transpositions morpho-syntaxiques, mais également insister sur lacte dénonciation, sur la valeur du discours indirect. Il faudrait faire comprendre aux élèves que la transformation du discours direct au discours indirect est la manifestation de transpositions sémantiques plus profondes.
- Tant les francophones que les néerlandophones utilisent plusieurs autres moyens pour rapporter le discours dautrui : linterrogation indirecte, le discours direct, la question et la réponse concrètes et la forme substantivée. Linterrogation indirecte est autant utilisée par les francophones que par les néerlandophones. Le discours direct est peu employé par les francophones, contrairement à la question et la réponse concrètes qui sont fréquemment utilisées. Linverse vaut pour les néerlandophones : ils optent souvent pour une "rapportation" littérale introduite par le verbe dire (= le discours direct), mais rarement pour la question et la réponse concrètes. Finalement, contrairement aux néerlandophones, les francophones emploient parfois la forme substantivée.
Point de départ : Description de la voix passive dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels.
- Hypothèses
:
- Vérification
dans le corpus.
- Y a-t-il des différences quant à lemploi du passif entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF-FB) ?
- Quels conseils peut-on donner aux professeurs de FLE ?
Conclusions :
- Les phrases passives inachevées sont en effet beaucoup plus nombreuses que les phrases passives complètes, aussi bien dans le corpus FF-FB que dans le corpus FN.
Þ Raisons sémantiques :
La voix passive est surtout choisie en fonction de la thématisation du COD actif et en fonction de laccentuation du procès verbal. La rhématisation du sujet actif (complément dagent) est une raison de passivation beaucoup moins fréquente.
Þ Les professeurs et les manuels de FLE ne devraient donc pas y attacher trop dimportance.
- Le pronom on indéfini (moins fréquent dans le corpus FN)
- La voix pronominale (absent dans le corpus FN)
- Se faire + infinitif (absent dans le corpus FN)
Þ Les manuels devraient mettre plus laccent sur ces alternatives.
- Les néerlandophones utilisent lindicatif présent de lauxiliaire être pour marquer laspect accompli.
Þ Lerreur est due à une interférence avec le néerlandais où zijn est lauxiliaire pour laspect accompli. Laspect non accompli y est marqué par lauxiliaire worden.
- Si le complément dagent est exprimé, un certain aspect en est toujours connu (ce qui exclut la construction *par quelquun en FLM). La phrase passive inachevée ou on indéfini permettent de rendre ce sens.
Þ Un néerlandophone a utilisé un tel complément dagent, ce qui est probablement dû au fait que on indéfini na pas déquivalent en néerlandais parlé.
- Certains néerlandophones rendent passif le verbe donner en mettant le COI en position de sujet.
Þ Cette erreur est due au fait quils considèrent le COI comme un COD. Ils appliquent donc correctement les règles de la passivation, mais le problème se trouve ailleurs.
- Le pronom on se présente surtout avec son sens de nous. Le sens dagent non identifié se présente également dans les corpus FF-FB et FN, mais nest pas à survaloriser.
- Ils
remplace quelquefois le pronom indéfini on dans les corpus FF-FB et FN.
Þ Les néerlandophones adoptent cet emploi par analogie avec leur langue maternelle, parce quils ne lont pas appris dans leurs cours de français.
ß
Les manuels s'attachent trop aux mécanismes formels du passif, au détriment des mécanismes sémantiques qui sont à la base de lemploi du passif. Les alternatives du passif devraient occuper une place plus importante dans la description de la voix passive.
Point de départ : Description de lexpression de la comparaison dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels.
- Constat
: Il y a peu de divergences entre les différentes grammaires en ce qui concerne la description de la formation de la comparaison. Quant à lapproche sémantique, les grammaires restent parfois en défaut ou diffèrent considérablement dapproche et de terminologie. Pour lanalyse, cest la terminologie et la classification de RIEGEL (1994) qui est adoptée. Il fournit un inventaire de tous les moyens linguistiques et prosodiques susceptibles dexprimer une idée de comparaison.
- Vérification
dans le corpus : Quels sont les moyens linguistiques et prosodiques pour exprimer la comparaison utilisés à loral ?
- Y a-t-il des différences quant à lexpression de la comparaison entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF-FB) ?
Conclusions :
1. Le comparatif
a) La comparaison quantitative (comparaison de superiorité, d'égalité et d'infériorité)
Aussi bien les francophones que les néerlandophones sont enclins à enchaîner des valeurs positives (ils utilisent le plus souvent ladverbe plus).
b) La comparaison qualitative et conformité
- Pour lexpression de la comparaison qualitative, les francophones emploient fréquemment la locution adverbiale comme ça. Ainsi, ils évitent dexpliciter le complément. Les néerlandophones, par contre, ajoutent plus souvent un complément explicite. Il serait utile de mentionner dans les manuels lemploi de la tournure comme ça à loral.
2. Le superlatif (superlatif de supériorité et dinfériorité)
Les francophones postposent ladjectif, ce qui entraîne la répétition de larticle. Pour les néerlandophones, par contre, la formation du superlatif pose pas mal de problèmes.
Þ Les manuels de FLE devraient enseigner aux néerlandophones que la postposition de ladjectif est plus courante, même sil sagit dun adjectif qui se met ordinairement devant le substantif.
- Le complément du superlatif introduit par la préposition de fait défaut chez les francophones et ne compte quune occurrence chez les néerlandophones.
3. Le degré élevé
Dans leur emploi des adverbes dintensité, les néerlandophones emploient abondamment les adverbes beaucoup, très et trop (Ces adverbes sont vraiment ancrés parce quils apparaissent dans les premières listes de vocabulaire. Par ailleurs, ils semblent souvent être utilisés pour éviter le comparatif et le superlatif qui demandent plus deffort). Les francophones, par contre, varient plus leur emploi des adverbes dintensité.
- Comme les francophones, les néerlandophones nhésitent pas à employer des moyens lexicaux et prosodiques (les phrases exclamatives, la répétition) pour exprimer la supériorité.
Point de départ : Description de lemploi du futur simple, du futur périphrastique et des autres moyens pour exprimer un fait futur dans des grammaires descriptives et pédagogiques, dans des manuels et dans des travaux linguistiques.
- Vérification
dans le corpus :
1. Le futur simple et le futur périphrastique à valeur temporelle :
Þ Les deux futurs semploient-ils arbitrairement comme des variantes ou est-ce que leur emploi est déterminé par certains critères sémantiques ?
- Existe-t-il une relation stricte (cf. la plupart des grammaires) ou tendancielle entre lemploi des deux futurs et les espaces de temps entre le moment de lénonciation et laccomplissement du fait futur ?
- Les deux futurs sutilisent-ils selon le principe des conditions ?
2. Le futur simple et le futur périphrastique à valeur modale :
Þ Quel rôle le futur joue-t-il dans le système de la politesse ?
3. Les autres moyens pour exprimer un fait futur :
- Les périphrases verbales
- Le conditionnel présent
- Lindicatif présent
Y a-t-il des différences de fréquence et demploi quant à lexpression du futur entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FF) ?
Conclusions :
1. Le futur simple et le futur périphrastique à valeur temporelle
a) Le critère des espaces temporels :
Ni dans le corpus FF, ni dans le corpus FN, les locuteurs nopèrent une distinction temporelle stricte entre le futur simple et le futur périphrastique. Les deux futurs ne fonctionnent cependant pas comme des variantes qui alternent arbitrairement. Il existe bel et bien une corrélation entre lemploi des deux temps et les espaces de temps entre le moment dénonciation et laccomplissement du fait futur :
- Dans les deux corpus, le futur périphrastique semploie plus souvent que le futur simple pour exprimer un avenir proche.
- Inversement, lemploi du futur simple est plus fréquent pour lexpression dun avenir éloigné aussi bien dans le corpus FF que dans le corpus FN.
- Pour exprimer un avenir imminent, les francophones utilisent toujours le futur périphrastique. Les néerlandophones, par contre, emploient parfois le futur simple.
- Pour renvoyer à un avenir indéterminé, les francophones recourent essentiellement au futur simple, tandis que les néerlandophones utilisent principalement le futur périphrastique. Cependant, pour lénonciation dun avenir très éloigné, les néerlandophones ont également tendance à employer le futur simple.
Þ Le futur simple et le futur périphrastique semploient généralement selon le critère des espaces de temps, pas de manière stricte, mais de manière tendancielle.
b) Le principe des conditions :
Lorsque le contexte indique clairement que les conditions pour laccomplissement du fait futur sont remplies, les francophones utilisent uniquement, les néerlandophones principalement le futur périphrastique. Dans les énoncés où les conditions ne sont manifestement pas encore remplies, les francophones recourent toujours, les néerlandophones le plus souvent au futur simple.
- Pourtant, cette tendance nest confirmée, dans les deux corpus, que par une partie des futurs. La plupart des futurs ne figurent pas dans un contexte indiquant clairement si les conditions sont remplies ou non et ne permettent donc ni dapprouver, ni de rejeter la théorie des conditions.
Þ Le principe des conditions ne permet pas de faire une distinction stricte entre le futur simple et le futur périphrastique. Dans les cas peu fréquents où le contexte indique clairement si les conditions sont remplies ou non, les francophones suivent strictement, les néerlandophones tendanciellement, le principe des conditions.
2. Le futur simple et le futur périphrastique à valeur modale
Sur le plan modal, le futur périphrastique joue un rôle plus important que les ouvrages analysés font croire. Là où les ouvrages analysés nattribuent que quelques valeurs modales au futur périphrastique, à savoir lordre catégorique, lallure extraordinaire et la caractérisation, lanalyse des deux corpus démontre quil peut aussi exprimer une promesse, lanticipation, une suggestion et une prédiction.
- Dans le corpus FN, la fréquence du futur périphrastique à valeur modale se rapproche de celle du futur simple se chargeant dune nuance modale. Dans le corpus FF, la fréquence du futur périphrastique renfermant une valeur modale dépasse même celle du futur simple à valeur modale.
- Le futur simple et le futur périphrastique jouent un rôle important dans le système de la politesse : les francophones emploient les deux futurs pour adoucir leurs demandes, leurs suggestions et leurs instructions. Pourtant, le futur nest pas le moyen par excellence pour marquer la politesse. Afin de rendre leurs demandes, leurs suggestions et leurs instructions encore moins directes, les francophones utilisent le conditionnel, pouvoir + infinitif, falloir + infinitif, des verbes de volonté comme jaimerais que, le modalisateur adverbial sil vous plaît, lénoncé accompagnateur si vous voulez bien, etc. Les néerlandophones, par contre, ne maîtrisent pas encore bien lemploi de ces procédés de politesse. Ils les emploient uniquement dans la formulation de leurs demandes. Pour lexpression dune suggestion, ils nutilisent que le futur et pouvoir + infinitif. Lorsquils donnent des instructions, ils emploient fréquemment devoir + infinitif. Contrairement à ce qui est le cas en néerlandais, cette tournure est considérée comme très brutale en français.
Þ Les professeurs de FLE devraient attirer lattention des élèves sur les procédés de politesse du français et souligner les différences avec le néerlandais.
3. Les autres moyens pour exprimer un fait futur
a) Les périphrases verbales
La seule périphrase verbale attestée dans les deux corpus est avoir à + infinitif exprimant un futur intentionnel.
b) Le conditionnel présent
Dans les deux corpus, il n'y a que quelques exemples du conditionnel exprimant un fait purement hypothétique (influence du scénario).
- Dans les deux corpus, le conditionnel semploie plus souvent comme procédé de politesse pour atténuer laspect volitif de certains énoncés (cf. supra).
c) Lindicatif présent
Tant les francophones que les néerlandophones recourent souvent à lindicatif présent pour exprimer un fait futur. Dans les deux corpus, la fréquence de lindicatif présent énonçant un fait futur est même plus élevée que celle du futur simple et du futur périphrastique.
Þ En néerlandais, le temps qui correspond à l'indicatif présent en français, s'emploie également pour exprimer un fait futur. Les professeurs de FLE devraient exploiter cette ressemblance.
Point de départ : Description de quelques aspects de lordre des mots dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels :
- lordre SVO
- la place de ladjectif
- la place des pronoms personnels
- Réduction de lobjet détude
:
- analyse de lordre SVO et de toutes ses variantes dans les phrases affirmatives
- analyse de la fréquence et de la place des compléments non essentiels par rapport au sujet, au verbe et à lobjet
- Y a-t-il des différences quant à lordre des mots entre le français parlé des néerlandophones (FN) et celui des francophones (FB) ?
Conclusions :
1. Lordre SVO et ses variantes
Dans les deux corpus, lordre SVO est lordre de base (FN : 78 %, FB : 60 %). Lordre SV est également fréquent (FN : 16 %, FB : 28 %). Les autres ordres, par contre, sont moins importants. Linversion du sujet ne se retrouve pas.
- Le corpus FB présente des ordres que nous navons pas retrouvés dans le corpus FN : OSV, SOVO et SOOV.
2. La fréquence et la place des compléments non essentiels
Dans les deux corpus, la majorité des phrases ne contiennent pas de complément non essentiel (FN : 65 %, FB : 62 %) ou un seul complément non essentiel (FN : 27 %, FB : 24 %). Les phrases avec plusieurs compléments non essentiels sont rares.
- Les compléments circonstanciels et les dislocations sont les plus fréquents. Les autres compléments non essentiels (les propositions adverbiales et relatives, les conjonctions, les incises, etc.) sont beaucoup plus rares.
- Le complément circonstanciel se met le plus facilement en position neutre à la fin de la phrase. Lorsquil se trouve au début de la phrase, il est mis en relief et thématisé.
- La place normale de la dislocation est au début de la phrase. Toutefois, la position finale nest pas exclue. La dislocation est beaucoup moins employée dans le corpus FN que dans le corpus FB.
- Lorsquil y a plusieurs compléments circonstanciels dans une phrase, ils ont tendance à ne pas se regrouper à un seul endroit. Dans plus de la moitié des cas, ils se mettent aux différents endroits possibles dans la phrase, cest-à-dire au début de la phrase, entre le verbe et lobjet et à la fin de la phrase. Nous avons pourtant trouvé beaucoup de contre-exemples. La plupart des exceptions concernent deux compléments circonstanciels à la fin de la phrase.
3. Autres constats
Il y a de nombreuses phrases averbales dans les deux corpus (une phrase sur trois). En contexte, ces phrases incomplètes sont parfaitement compréhensibles.
- Les hésitations, les répétitions, les interruptions, etc. sont des éléments typiques de la langue parlée (surtout dans le corpus FB).
- Le vocabulaire des francophones est beaucoup plus relâché que celui des néerlandophones : les incises (tu sais) et les dislocations (moi) rendent le discours des francophones plus naturel.
- Lordre des mots
est plus libre dans le corpus FB que dans le corpus FN. Les francophones produisent parfois des phrases grammaticalement incorrectes, mais parfaitement compréhensibles. Les néerlandophones, par contre, respectent les règles prescrites par les grammaires (si l'on ne considère pas les fautes dues à une mauvaise maîtrise du français). Cest pourquoi le discours des néerlandophones ressemble beaucoup au français écrit.
Þ Les professeurs de FLE devraient apprendre aux élèves que certaines structures, incorrectes en langue écrite, sont admises en langue parlée.
Point de départ : Définition de la notion de connecteur et présentation des connecteurs de cause dans des grammaires descriptives et pédagogiques et dans des manuels.
- Analyse de la fréquence et de lemploi de quinze connecteurs causals dans un corpus oral, un corpus journalistique et un corpus littéraire :
- La description
des connecteurs de cause dans les grammaires et les manuels correspond-elle à la réalité langagière ?
- Y a-t-il des différences de fréquence et demploi significatives entre les trois corpus et entre le français parlé des francophones (FF-FB) et celui des néerlandophones (FN) ?
Conclusions :
Tableau récapitulatif :
Corpus oral |
Corpus journalistique |
Corpus littéraire |
||
FF-FB |
FN |
|||
Parce que |
92 |
138 |
37 |
161 |
Puisque |
22 |
0 |
10 |
26 |
Comme |
11 |
1 |
3 |
33 |
Car |
0 |
11 |
21 |
51 |
En effet |
2 |
4 |
4 |
6 |
Étant donné que |
2 |
0 |
0 |
0 |
Attendu que |
0 |
0 |
0 |
0 |
Vu que |
4 |
0 |
0 |
2 |
| Sous prétexte que | 0 |
0 |
0 |
2 |
Ce nest pas que |
0 |
0 |
0 |
0 |
Non que |
0 |
0 |
0 |
0 |
À cause de |
3 |
*1 |
1 |
40 |
Grâce à |
2 |
0 |
5 |
10 |
Étant donné |
0 |
0 |
1 |
0 |
Sous prétexte de |
0 |
0 |
0 |
0 |
Total |
71/5h. |
155/8h. |
82/50 articles |
331/8 romans |
- Les grammaires et les manuels présentent un certain nombre de lacunes et dimprécisions dans leur description des connecteurs de cause. La réalité langagière ne correspond pas toujours à la théorie présentée par les grammaires et les manuels. Lhypothèse que ceci tient au fait que les grammaires offrent une description du français écrit ne semble pas valable, parce quon retrouve la plupart des différences dans chacun des trois corpus :
- Parce que : Dans les trois corpus, parce que est de loin le connecteur le plus utilisé. Il figure après la principale, mais aussi en tête de phrase, et introduit une cause neutre. Louvrage de RUQUET (RUQUET, M. & QUOY-BODIN, J.L. (1988), Comment Dire? Raisonner à la française, CLE International) est le seul à mentionner que parce que peut se trouver en première position, comme réponse à une question, mais également sans quune question ne soit posée. La cause est alors mise en évidence. Cet emploi est assez fréquent dans les trois corpus. Il est donc étrange que la plupart des grammaires ne mentionnent pas cet emploi.
- Puisque : La plupart des grammaires interprètent la subordonnée introduite par puisque soit comme une justification, soit comme une cause connue par le locuteur. Cependant, dans tous les exemples des trois corpus, puisque peut à la fois être interprété comme justification et cause connue. La grammaire de RIEGEL (1994) est la seule à combiner ces deux interprétations. Puisque figure surtout après la principale et dans une moindre mesure en tête de phrase. La cause est alors mise en évidence. Signalons que dans les parties FF et FB du corpus LANCOM puisque occupe la deuxième position dans la liste de fréquence, tandis quil nest jamais utilisé dans la partie FN.
- Car : Selon les grammaires, car met la cause en évidence. Il figure après la principale ou en tête de phrase.
- Dans les parties FF et FB du corpus LANCOM, il ny a aucune occurrence de car. Louvrage de RUQUET, Comment Dire ? (1988) est le seul à présenter une explication possible : étant donné que car appartient à un registre soutenu, il est peu probable quil apparaisse dans la langue spontanée. Le corpus ELILAP qui se caractérise par une langue formelle, bien structurée semble confirmer cette thèse : car y apparaît 32 fois. Pourtant, dans la partie FN du corpus LANCOM, il y a également 11 occurrences de car. Il est possible que, là où les francophones ressentent que car sutilise dans un registre soutenu, les néerlandophones naient pas cette intuition. Il se peut également quils traduisent littéralement la conjonction néerlandaise want.
- Parmi les 21 occurrences de car dans le corpus journalistique, 14 exemples figurent dans une seule interview, donc dans la langue parlée, mais présentée à lécrit. Le nombre élevé doccurrences de car pourrait sexpliquer par le fait que, contrairement aux locuteurs du corpus LANCOM, les personnes interviewées sont plus conscientes du fait que leurs paroles sont destinées à être transcrites. Le registre est donc plus soutenu.
- Dans le corpus littéraire, car occupe la deuxième position dans la liste de fréquence. Si lon considère que la langue littéraire appartient ipso facto à un registre soutenu, les nombreux exemples du corpus confirment la thèse de RUQUET (1988).
- Comme : La plupart des grammaires consultées posent que le connecteur comme doit toujours figurer en tête de phrase et quainsi le locuteur met la cause en évidence. Tous les exemples des corpus journalistique et littéraire et lunique exemple de la partie FN du corpus LANCOM suivent cette règle. Dans les parties FF et FB du corpus LANCOM, par contre, nous avons trouvé des exemples où comme apparaît en deuxième position ou seul, cest-à-dire sans que la conséquence ne soit donnée.
- En effet : Daprès les grammaires consultées, en effet explicite ce qui vient dêtre énoncé. Il figure après la principale, précédé dun point, dun tiret ou dun point-virgule. Les deux exemples des parties FF et FB du corpus LANCOM confirment cette règle. Par contre, dans les corpus journalistique et littéraire, ainsi que dans la partie FN du corpus LANCOM et dans le corpus ELILAP, la règle nest pas respectée : en effet figure après le premier groupe nominal, après le groupe verbal ou en fin de phrase.
- A cause de : Selon WEINRICH (1989) et ANCOURT (1994), à cause de introduit une cause neutre. Il en est ainsi dans lunique exemple du corpus journalistique. Selon CHARAUDEAU (1992), le connecteur introduit une cause à effet défavorable, ce qui est le cas dans les trois exemples des parties FF et FB du corpus LANCOM. Louvrage Comment Dire ? (1988) est le seul à combiner les deux interprétations. Les deux nuances se retrouvent dans le corpus littéraire et le corpus ELILAP.
- Grâce à : Selon les grammaires consultées, grâce à introduit une cause à effet favorable. Cet emploi est confirmé par tous les exemples dans les trois corpus.
- Les autres connecteurs que nous avons sélectionnés napparaissent que très peu ou pas du tout dans les corpus :
- Sous prétexte que
apparaît deux fois dans le corpus littéraire et une fois dans le corpus ELILAP: il remet la cause en question.- Les connecteurs vu que et étant donné que mettent la cause en évidence, tout comme le groupe prépositionnel étant donné. Selon RUQUET (1988), vu que est utilisé surtout dans le langage populaire, tandis que étant donné que introduit une cause reconnue ; le locuteur rappelle un fait constaté. Dans les parties FF et FB du corpus LANCOM, il y a 4 occurrences de vu que et 2 exemples de étant donné que. Pourtant, dans quelques exemples, les deux connecteurs semblent être interchangeables, ce qui remet en cause la thèse de RUQUET (1988). Le corpus ELILAP ne confirme pas non plus lemploi de vu que en contexte populaire. Le fait même que ce connecteur apparaît dans un corpus qui est caractérisé par un registre soutenu va à lencontre de la thèse de RUQUET (1988). En plus, les 8 phrases dans lesquelles le connecteur figure ne semblent pas témoigner dun contexte populaire. Dans le corpus littéraire, par contre, vu que est employé deux fois chez le même auteur dans un contexte de langage populaire. Étant donné apparaît une fois dans le corpus journalistique.
- Des connecteurs causals comme attendu que, non que et ce nest pas que sont absents des corpus, tout comme le groupe prépositionnel sous prétexte de. Ces connecteurs semploient dans des contextes très spécifiques : attendu que semploie dans un registre administratif et législatif, non que introduit une cause écartée au profit dune autre, ce nest pas que nie le rapport entre cause et conséquence et sous prétexte de exprime une remise en question de la cause.
- Lanalyse des corpus montre quil ny a pas de différences frappantes entre le code oral et le code écrit en ce qui concerne lemploi des connecteurs de cause. Les différences entre les grammaires et les corpus sont semblables dans les trois corpus.
- Nous avons pourtant relevé un phénomène qui semble typique de la langue journalistique :
Le positionnement du connecteur en tête de phrase semble être caractéristique du français journalistique. Parce que et car figurent presque autant de fois en tête de phrase quaprès la principale. Il figure même un exemple de puisque en tête de phrase dans le corpus. Conformément à la théorie, comme occupe toujours la première position dans le corpus. En plaçant le connecteur en position initiale, on met la cause en évidence. Dans un article, cela augmente la structuration du texte.
- En général, il y a peu de variation dans lemploi des connecteurs de cause. Surtout les néerlandophones utilisent très peu de connecteurs causals différents. Il ne figure que 5 connecteurs de cause différents dans la partie FN du corpus LANCOM : parce que, car, comme, en effet, à cause de. En plus, les néerlandophones recourent, dans 89 % des cas, au connecteur parce que, même lorsquil aurait dû être remplacé par un connecteur spécifique.
Þ Les grammaires et les manuels destinés à lenseignement du FLE sont trop sommaires dans leur description des connecteurs de cause. A force de trop simplifier, la langue des apprenants néerlandophones reste sans nuances.
26/02/01